Yasukuni jinja, 靖国神社

Après les feux d’artifices de ces derniers temps, il y a toujours un moment ou le besoin de remettre (modérément) ses neurones en route se fait sentir. Pour un certain Japon, cette remise en route passe par une case assez particulière, puisque chaque 15 août, date anniversaire de la capitulation du Japon lors de la 2sd Guerre Mondiale, les souvenirs (revisités) de la période militariste du Japon sont remis sur le devant de l’actualité.

Histoire de remettre un peu les choses dans leurs contextes, le sanctuaire a été mis en place après la guerre de Boshin, une guerre civile qui toucha le Japon au tournant de l’ouverture du Japon en 1868. Il avait pour but de célébrer les personnes tombées pendant ce conflit. L’histoire militaire du Japon à l’époque étant marquée par une longue époque de colonisation et de conflits (annexion de la Corée et d’une partie de la Chine, course à la colonisation à Hokkaido, Sakhaline, et dans une partie des Kouriles), les 3 500 noms de 1868 se sont changés en 2 466 532 noms en 1951. « Détail de l’affaire », les noms d’un milliers de criminels de guerre de classe B et C condamnés à mort ont été ajoutés en 1959, ainsi qu’en 1978 les 14 criminels de guerre de classe A, exécuté suite au procès de Tokyo.

L’empereur qui, jusqu’à cette dernière date, avait pour habitude de venir à Yasukuni le 15 aout pour honorer ces morts a par la suite suspendu ses visites. Plusieurs premiers ministres jusqu’à très récemment ne l’ont pas imités, et ont continués à venir, soit à titre privé, soit en qualité de chef de gouvernement dans le cas de Koizumi, premier ministre de 2001 à 2006. Bref, le lieu est devenu un symbole politique, et est depuis régulièrement visité par l’extrême droite japonaise, et montré du doigt par la Chine et la Corée lorsque le besoin s’en fait sentir. Histoire de rester dans les classiques, le révisionnisme historique et l’apologie du passé colonialiste du Japon ont pignon sur rue.

gauche, japonais en tenue de kamikaze ; droite, drapeau de l’empire japonais

Après quelques années à Rennes 2, là où j’ai fait mes études, on développe assez vite un degré de résistance à ce genre de phénomène de groupe, où le but est avant tout de chercher à intimider l’autre, et à propager une version assez particulière de l’histoire. Bref, après avoir traversé pas mal de fois le hall d’un bâtiment B couvert de tags bien nauséabonds, marcher au milieu de vieux japonais vous demandant si vous êtes américains en vous distribuant des tracts au titre très inspiré de « The Second Sino-Japanese War Was Caused by China » – A Criticism of the « Japan-as-Aggressor » View », c’est un peu comme marché en terrain connu.

Bon, contrairement au cas de Rennes 2, il n’y a personne pour empêcher hypocritement la force publique d’intervenir, même si tout ceci a lieu dans un temple. Liberté de parole oblige, tout ce beau monde marche librement à la vue de tous, mais les abords du temple restent très lourdement surveillés par des camions entiers de robocops (d’1m60)  qui empêche les fameux vans noirs de l’extrême droite de venir diffuser leurs musiques trop près. Le dispositif est vraiment important, et je ne suis pas certain d’avoir vu autant de bleus lors de la venue du président chinois à Waseda il y a deux ans, ou lors de l’ouverture du palais de l’empereur. Reste qu’à l’intérieur, les vieux survivants paradant en tenues d’officiers de l’époque, ou les jeunes skinhead marchant en meutes avec des croix gammées sur les blousons et une bonne tête d’aryen sont facilement repérables, même s’il s’agit d’une petite minorité (rien avoir avec une manifs made in FN du 1er mai).

Une « société historique » qui souhaitent refaire le trajet d’un des sous-marins japonais kamikaze.

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~ par XIII sur 18 août 2010.

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